Les tirailleurs blessés ou malades du front occidental sont évacués par des trains sanitaires, qui deviennent très vite insuffisants pendant les premiers mois de la Grande Guerre. Menton est un des terminus des trains sanitaires de la Grande Guerre, où plusieurs milliers de
tirailleurs débarquèrent entre 1914 et 1918. Les blessés et les malades rejoignent ensuite les hôpitaux militaires et leurs annexes ou les dépôts de convalescence. Les convois sanitaires repartent de Menton remplis de soldats soignés et guéris.
C’est dans le collège de Menton, transformé sur décision du conseil municipal en hôpital auxiliaire n° 205, que sont soignés les premiers blessés de la Grande Guerre débarqués à Menton. Doté d’une capacité de 50 lits à ses débuts en août 1914, puis 140 à la fin de la
guerre, cet hôpital est vite débordé par le nombre de blessés sans cesse croissant. Très vite, c’est vers les grands hôtels mentonnais réquisitionnés pour les nécessités de la guerre que sont dirigés les nouveaux blessés. Le relais est assuré par l’ouverture de l’hôpital militaire du Louvre n° 84, qui ouvre ses portes en octobre 1914 avec une capacité de 315 lits.
C’est dans cet hôpital du Louvre que survient le décès du premier tirailleur sénégalais, NKY Dembélé, « mort pour la France », le 11 décembre 1914. Une cérémonie patriotique organisée par la municipalité avait accompagné le cercueil du premier tirailleur à travers les rues de la ville jusqu’au Trabuquet. En mai 1916, l’hôpital n° 84 du Louvre devient l’hôpital complémentaire n° 65, réservé aux tirailleurs sénégalais tuberculeux, où décèdent près d’une centaine de tirailleurs entre 1914 et 1918, d’après le relevé réalisé par l’AMTS aux archives
municipales.
La croissance du nombre de tirailleurs malades dans le centre-ville de Menton inquiète les autorités municipales. Cette inquiétude motive l’ouverture de l’hôpital complémentaire n° 30, Alexandra Hôtel, en février 1915. Doté d’une capacité de 300 lits et situé à la périphérie ouest du centre-ville, Alexandra Hôtel accueille principalement les tirailleurs sénégalais atteints de tuberculose et d’autres maladies contagieuses. Près de 700 tirailleurs décèdent dans cet hôpital, soit plus de 60 % du nombre de tirailleurs décédés à Menton entre 1914 et 1918.
À partir de juin 1915, Alexandra est relayé par l’hôtel Prince de Galles, devenu Hôpital complémentaire n° 52, adjoint à l’hôtel Carlton. Exclusivement réservé à ses débuts aux tirailleurs sénégalais, avec une capacité de 300 lits, cet hôpital n° 52 devient un véritable
laboratoire de recherche sur les techniques chirurgicales et sur le matériel post-opératoire. Près de 300 tirailleurs décèdent dans ce complexe entre 1915 et 1918.
L’activité sanitaire du Service de Santé des Armées est relayée par des sociétés d’assistance diverses, sous le nom de secours auxiliaires, qui sont constitués en 1914 par trois sociétés principales : la Société de Secours aux Blessés Militaires [S.S.B.M.], l’Union des Femmes de
France [U.F.F.] et l’Association des Dames de France [A.D.F.], regroupées au sein de la Croix-Rouge. Cette dernière est animée par des bonnes volontés, infirmières, médecins dispensés du service militaire, et femmes de tout âge, qui apportent une aide aux hommes partis au front. Elles font parvenir aux malades et aux blessés, par l’intermédiaire du Service de Santé, les dons qu’elles ont recueillis. À Menton, l’intervention d’Alice Munet (1870-1924) et de sa sœur Marie-Thérèse (1876-1973) auprès des tirailleurs sénégalais est particulièrement déterminante. Infirmière diplômée de la Croix-Rouge, Alice Munet est aussi une religieuse qui veille aux soins apportés aux tirailleurs, tout en restant discrète sur leur croyance musulmane. Elle apprend à se faire comprendre des tirailleurs en langue bambara et les invite au baptême chrétien. Aujourd’hui, la communauté religieuse des sœurs missionnaires entretient le souvenir de l’engagement d’Alice Munet auprès des tirailleurs.
Les tirailleurs dans les hôpitaux de Menton






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